La légende de Tuan Mac Cairill

Publié le par mistisy

"Il y eut cinq invasions en Irlande. Personne n’y vint avant le déluge. Après le déluge, personne n’y vint avant trois cent douze ans. Partholon, fils de Sera, aborda en Irlande, en exil, avec vingt-quatre hommes et chacun leur femme. Ils s’établirent en Irlande et leur race y vécut pendant cinq mille ans. Entre deux dimanches, une grande mortalité s’abattit sur eux et tous moururent. Mais il n’y a pas de désastre sans un survivant pour raconter l’histoire. Je suis cet homme. Alors j’allais de colline en colline, de falaise en falaise, me gardant des loups pendant trente-deux ans durant lesquels l’Irlande fut vide. Enfin, la vieillesse vint sur moi. J’errais dans les déserts et sur les falaises. Puis il me fut difficile de bouger et j’habitais des grottes.

 

 

 

Alors vint Nemed, fils d’Agnoman, qui prit possession de l’Irlande. Son père était le frère du mien. Je les voyais du haut des rochers mais je ne voulu pas me montrer. J’avais de grands cheveux, de grands ongles, j’étais gris, décrépit et nu, dans la misère et la souffrance. Un soir je me suis endormi et je me suis réveillé sous la forme d’un cerf. Je fus jeune et mon esprit se réjouit. Alors, je chantais ces paroles :

 

 

 

 

 

 

 

Force aujourd’hui pour le fils de Senba.  

 

De vigueur il a été doté  

 

Non sans belle renommée dans sa jeune force.  

 

Le fils de Senba était un vieux brave.  

 

Les hommes qui viennent de l’Est  

 

Avec leurs épieux qui font leur valeur,  

 

Je n’avais plus la force des mains et des pieds  

 

Pour les repousser.  

 

 

 

 

 

Près de moi est venue  

 

La race de Nemed, fils d’Agnoman.  

 

Ardents sont leurs coups contre moi  

 

Pour me faire ma première blessure.  

 

Alors sur ma tête poussèrent  

 

Deux cornes et trois vingtaines de pointes.

 

 

 

 

 

 

 

Quand Nemed vint avec sa flotte en Irlande, il avait trente-quatre barques. Ils errèrent un an et demi sur la mer Caspienne, ils coulèrent et moururent de faim et de soif, sauf quatre couples autour de Nemed. Après cela, sa race s’accrut et il y eut jusqu’à quatre mille trente couples. Cependant, tous moururent. Alors la vieillesse vint sur moi. Je fuyais les hommes et les loups. Alors, j’ai revêtu encore un autre aspect, un poil rude et gris.

 

 

 

 

 

 

 

Un matin que j’étais à Dun Bré,  

 

Combattant contre les vieux mâles,  

 

Belle était ma troupe à travers les marais,  

 

Belle armée qui me suivait.  

 

Ma troupe était rapide  

 

Parmi les armées de revanche.  

 

Ils jetaient tous des épieux  

 

Contre les guerriers d’Irlande.  

 

Une fois, nous fûmes tous rassemblés  

 

Pour décider du jugement de Partholon.  

 

Doux fut à tous ce que je chantais.  

 

Ce furent des mots de bienvenue.  

 

 

 

 

 

Quand j’eus pris cette forme animale, je devins chef des troupeaux d’Irlande. De grands troupeaux de cerfs couraient autour de moi, quelques chemins où je fusse. Telle fut ma vie au temps de Nemed. J’avais coutume de revenir en Ulster à l’époque de ma vieillesse et de ma décrépitude, car c’est en ce lieu que j’avais toujours changé d’aspect, et voilà pourquoi je venais toujours attendre là le rajeunissement de mon corps. Ce fut alors que Senion, fils de Stariath, prit l’île. De lui viennent les Fîr Domnainn, les Fîr Bolg et les Galian, et ils possédèrent l’île pendant un certain temps. Or j’étais sur le seuil de mon antre, le souvenir m’en est resté. Je sais que changea l’aspect de mon corps et je fus un sanglier. Alors je fis des vers sur cette merveille :

 

 

 

 

 

 

 

Aujourd’hui je suis sanglier,  

 

Je suis roi, fort et victorieux.  

 

Mon chant et mes paroles étaient agréables  

 

Autrefois dans les assemblées,  

 

Plaisant aux jeunes et jolies femmes.  

 

Mon char était beau et majestueux,  

 

Ma voix avait des sons graves et doux,  

 

J’étais rapide dans les combats,  

 

J’avais un visage charmant,  

 

Aujourd’hui je suis un noir sanglier.  

 

 

 

 

 

 Beothach, fils de Iarbonel le prophète, s’empara de cette île après avoir vaincu les races qui l’occupaient. c’est d’eux que viennent les Tuatha Dé Danann dont l’origine est, dit-on, inconnue. Mais il est probable qu’ils venaient des cieux, tant ils étaient intelligents, tant leur science était étonnante. Puis j’atteignis encore la vieillesse, j’avais l’esprit triste, je ne pouvais faire ce que je faisais autrefois. J’habitais de sombres cavernes, des rochers perdus, j’étais seul. Je suis rentré dans ma demeure. Je me suis souvenu de toutes mes formes antérieures ? J’ai jeûné pendant trois jours. Au bout de trois jours, je n’avais plus de force. Je fus changé en un grand vautour, en un énorme aigle de la mer. Mon esprit fut de nouveau joyeux . Je fus capable de tout faire. Je devins chasseur et actif. Je parcourus toute l’Irlande et je sus ce qui s’y passait. Alors je chantai des vers :

 

 

 

 

 

 

 

Vautour aujourd’hui,  

 

J’étais sanglier autrefois.  

 

Je vécus d’abord dans la troupe des cochons,  

 

Me voici maintenant dans celle des oiseaux.

 

 

 

 

 

 

 

C’est ainsi que j’ai survécu à toutes les races qui ont envahi l’Irlande. Ce furent les Fils de Mile qui prirent l’île de force sur les Tuatha Dé Danann. J’étais alors en cette forme de vautour, dans le creux d’un arbre, près d’une rivière. Le sommeil m’a alourdi pendant neuf jours. J’ai été changé en saumon. Alors je fus en la rivière. J’y fus bien, j’y fus actif et heureux. Je savais bien nager et j’échappais longtemps à tous les périls, aux mains des pêcheurs armés de filets, aux serres des vautours et aux javelots que les chasseurs lançaient sur moi...Mais un pêcheur me prit et me porta à la femme de Carill, roi de ce pays. Je me souviens très bien de cela. L’homme me mit sur le gril. La femme eut envie de moi et me dévora en entier. Et je fus en son ventre. Je me souviens du temps où j’étais dans le ventre de la femme de Carill. Je me souviens aussi qu’après cela, je commençai à parler comme les hommes. Je savais tout ce qui avait été en Irlande. Je fus prophète et on me donna un nom : on m’appela Tuân, fils de Carill."

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Bernard, soutenant Linda 03/01/2015 16:26

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